Tchad, une agriculture à l’abandon ?

Le Comité de Suivi de l’Appel à la Paix et à la réconciliation (CSAPR) a rendu public un rapport sur la question agricole au Tchad par l’entremise de son Groupe de travail dédié à cette question. ‘’Tchad, une agriculture à l’abandon ?’’, tel est le titre de ce rapport publié le 22 juin 2017 à l’hôtel Mercure le Chari de N’Djamena.

En effet, en 2015, lors de la dernière Assemblée Générale du réseau, les organisations membres ont recommandé la création des espaces multi acteurs de réflexion et d’échanges sur différents sujets liés à la question de la paix au Tchad. Ainsi, plusieurs groupes thématiques ont été mis en place à savoir : Groupe Code de personnes et de la Famille, Groupe sécurité et droits de l’homme, Groupe Réformes institutionnelles et Groupe sur la question agricole. Ce dernier groupe de travail a été mis en place en 2016 et regroupe en son sein des enseignants chercheurs, des militants associatifs ainsi que des techniciens supérieurs. Après une mission de terrain de 10 jours dans quatre région (Mayo kebbi Est, Moyen Chari, Guerra et Salamat), le groupe a produit un rapport diagnostic de la situation dans les zones visitées et partant celle de l’agriculture tchadienne en générale.

Au cours d’une séance restreinte publication, le rapport a été présenté aux représentants des institutions nationales et internationales, ainsi qu’aux médias. Il ressort de cette présentation que le Tchad est un vaste territoire couvrant une superficie de 1. 284 000 KM2. Sa population est estimée à 11 millions d’habitant selon le dernier recensement général de 2009. Ce pays dispose d’importantes ressources naturelles : 39 millions d’hectares facilement irrigables. Il possède également d’importantes ressources en eaux souterraines et en eaux de surface dont le volume annuel varie entre 263 et 455 milliards de m3. Le cheptel du pays est estimé à plus de 23 millions de têtes (toutes espèces confondues) (sources DESP-MERA 2009) sans compter la volaille, une faune sauvage abondante et variée ainsi que des ressources halieutiques variant entre 186 000 et 373 000 tonnes par an. Les pâturages couvrent une superficie de 84 millions d’hectares, pour ne citer que ceux la. Malgré ces potentialités, le pays connait une situation d’insécurité alimentaire presque chronique : une année sur trois, la production céréalière est déficitaire. Les causes principales sont les aléas climatiques, la baisse de fertilité des sols, une faible intensification des exploitations et une faible productivité de la main d’œuvre, la non maitrise des questions agricoles appropriées liées à chaque région en terme de potentialités à développer. Ainsi, les 1000 tracteurs répartis dans tout le pays entre 2011 et 2012 sont loin d’apporter des solutions aux problèmes alimentaires des populations. Le prix des produits alimentaires ne font qu’augmenter sur les marchés de la place compliquant davantage leur accessibilité aux populations démunies.

Ce travail réalisé par un groupe indépendant montre bien que la question de l’agriculture au Tchad et surtout celle vivrière mérite l’attention de tous. Et si celle-ci ne sort pas de la sphère gouvernementale pour intéresser d’autres acteurs sociaux, dans une perspective à court terme, il se posera avec une certaine acuité un problème de l’insuffisance alimentaire avec son corollaire de la faim qui ne sera pas sans conséquence sur l’équilibre socio-économique et politique. Car, de tout temps, dans une situation de pression démographique où de plus en plus on manque de la nourriture ou bien qu’existante, celle-ci n’est pas à la portée de plus de moitié de la population, cela amène généralement à l’émeute de la faim. Et dans des situations d’insécurité alimentaire permanente où celui qui n’a pas de quoi à se nourrir constitue une clientèle facile à attirer dans les foyers dangereux pour la vie sociale et politique, nul ne peut douter de l’urgence d’agir quant-il est question d’une menace. Et cette question constitue entre autres menaces à la paix, une menace cachée et dangereuse qu’il faut la remettre en surface pour pouvoir y réfléchir dans une attitude de veille prospective et stratégique à l’effet d’y apporter des solutions. C’est dans cette dynamique que le CSAPR s’est engagé en mettant en place le Groupe de Réflexion sur la question Agricole.

Il convient de signaler qu’à la fin de la présentation du rapport, les membres du groupe ont également informé l’assistance de leur ambition de faire évoluer ce groupe vers un thinkthank dédié à la question de l’agriculture au Tchad. En attentant que cela se matérialise formellement, le groupe va s’atteler à mener un plaidoyer actif dans les prochains jours pour la prise en compte des recommandations issues de l’étude par les institutions nationales et les partenaires internationaux intéressés par le secteur de l’agriculture dans notre pays.

  1. Envisager la transition du passage de la culture du coton à la culture vivrière ;
  2. Concevoir et mettre en œuvre une politique spécifique sur le développement de l’agriculture vivrière qui met en première ligne la politique de restauration des sols et une forte subvention des matériels et équipements s agricoles légers ;
  3. Edicter une loi de programmation agricole pour l’exécution de la politique de développement agricole ;
  4. Structurer l’agriculture par la spécialisation par filière (Agriculture vivrière : riz, sorgho, maïs, arachide, niébé, taro, sésame et Agriculture de rente : coton et canne à sucre) en créant quatre ou cinq pôles de production tenant compte des conditions pédoclimatiques adaptées aux cultures retenues qui permettra de disposer d’une suffisance alimentaire  et l’échange des flux ou produits, véritable levier d’amélioration des prix aux producteurs susceptible de permettre à l’avenir la promotion de l’agro-industrie ou l’agro-développement ;
  5. Organiser le système de commercialisation des produits agricoles et des intrants ;
  6. Instituer une loi (code) sur le foncier.

Auteur de l’article : Marcelin nodjindo