La genèse du CSAPR

UN CONTEXTE HISTORIQUE VIOLENT

Des années de conflits

Depuis son indépendance, en 1960, le Tchad a connu une longue période d’instabilité et des soubresauts politiques qui ne lui ont pas permis de vivre une expérience démocratique apaisée : instauration du parti unique en 1962, radicalisation d’une opposition nordiste, dérive totalitaire du régime qui finira par un coup d’Etat en 1975. S’ensuivirent plusieurs années de guerre civile, dont les traces restent encore vivaces dans la mémoire collective. Hissein Habré prit le pouvoir et mit dès lors en place une dictature sanguinaire ; plus de 40 000 tchadiens périront notamment dans les geôles de la redoutable police politique appelée Direction de la documentation et de la sécurité (DDS).

Les illusions démocratiques

Idriss Deby Itno chassa Habré du pouvoir fin 1990 par les armes. « Je ne vous promets ni or ni argent, mais la liberté ». Traumatisés par le régime dictatorial et brutal d’Hissein Habré, les tchadiens ont vu avec satisfaction l’instauration d’une démocratie multipartite, la libéralisation de la vie politique, la mise en place d’institutions républicaines et d’un cadre de promotion et de protection des droits et des libertés dans le pays.

La conférence nationale souveraine (CNS), organisée en 1993, permit de mettre en place les instruments républicains (Loi fondamentale, Assemblée nationale, Conseil constitutionnel, la Haute-cour de justice, la Commission nationale des droits de l’homme…). De nombreux partis politiques dits de « l’opposition démocratique », virent le jour et commencèrent à occuper l’espace politique, à animer la vie politique et à contribuer au renforcement du processus démocratique. Plusieurs organisations de la société civile, dont les associations de défense des droits de l’Homme, se créèrent à la même période.

Malheureusement, les résolutions de la conférence nationale souveraine de 1993 n’eurent pas tous les effets escomptés. En dépit de l’éclosion d’organisations politiques et de la société civile, le régime en place confisqua rapidement le pouvoir politique et restreignit la marge de manœuvre des partis. La réconciliation nationale sur la base d’une unité de tous les « fils du pays » et la refondation de l’État n’eut pas lieu. La gestion tribale du pouvoir, la corruption et l’impunité seront rapidement érigés en règles de gestion des services publics.

La résurgence des crises politiques

De nettes dissidences vont apparaitre au sein de la classe politique, notamment en 2001, lorsque Deby fut réélu Président de la République à la suite d’une élection fortement contestée par l’opposition politique et par la société civile. La rupture du dialogue entre l’opposition et le régime va être consommée. Des rebellions armées vont peu à peu se constituer en vue de renverser le pouvoir d’Idriss Deby Itno.

LA MOBILISATION DES ACTEURS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE

Les assises du 16 novembre 2002

Dans ce contexte de dégradation de la situation politique et sociale, les leaders des associations de droits de l’Homme, bien conscients de leur responsabilité, prirent alors l’initiative de rassembler l’ensemble des acteurs politiques, associatifs et syndicaux pour susciter un changement politique non violent sur la base d’un large consensus national.

Le 16 novembre 2002, à l’instigation du Collectif des Associations de Défense des Droits de l’Homme (CADH), plus de 150 acteurs de la vie publique se sont mobilisés pour débattre des causes de la résurgence des conflits au Tchad. Représentants de partis politiques, syndicats, associations de la société civile, leaders religieux étaient tous rassemblés.

Face au refus du parti au pouvoir de participer aux débats (Mouvement Patriotique du Salut MPS), les participants ont décidé d’établir un processus de négociation collective, afin de poser les bases politiques à la construction d’une paix véritable.

L’Initiative Paix et Réconciliation

Un appel à la paix et à la réconciliation a été lancé auprès du Président de la République, des leaders de la société civile, des acteurs politiques mais aussi auprès des mouvements de rébellions armées, afin de les amener à participer à une rencontre de réconciliation nationale. Cette rencontre permettrait aux acteurs de proposer des pistes de solutions globales à la crise : assurer la bonne gouvernance et la bonne gestion du pays, régler le problème de l’armée (composition ethnique, impunité….), réforme de la justice, redéfinition de la forme de l’Etat (décentralisation, fédération…)…

Le Comité de suivi de l’Appel à la Paix et à la Réconciliation (CSAPR) a alors été créé pour assurer le suivi des travaux et mobiliser les acteurs concernés à ce processus de négociation collective.

Donc tout en poursuivant chacune leurs activités propres, ces organisations ont fait le choix audacieux de constituer un réseau pour trouver des solutions durables à l’instauration de la paix. Depuis lors, l’Initiative paix et réconciliation est portée par le CSAPR.

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