Le procès Habré et ses enjeux pour la réconciliation nationale

Le CSAPR a organisé une rencontre d’information le 22 novembre 2013 sur l’affaire Habré et les enjeux qu’elle revêt pour la réconciliation nationale au Tchad. Le CSAPR croit en effet qu’il ne peut y avoir de paix véritable ni de réconciliation véritable sans justice. C’est en cela que le procès de Hissein Habré est accueilli avec satisfaction, non seulement en solidarité avec les victimes, mais aussi parce qu’il constitue une étape importante vers la construction d’une mémoire collective, vers la réconciliation des communautés et la construction de l’unité nationale. Les jeunes tchadiens doivent connaitre leur histoire, et ils doivent savoir en tirer les leçons afin de bâtir l’avenir de leur pays dans la paix.

Le Docteur Ahmat Mahamat Hassane, juriste constitutionnaliste et enseignant-chercheur à l’Université de N’Djamena, Mr Clément Abaifouta, Président de l’Association des victimes des crimes et répression politique au Tchad et Me Delphine Kemneloum Djiraibe, Présidente du Comité Politique du CSAPR et membre du collège d’avocats des victimes de Habré, nous ont fait l’honneur de venir partager leur expertise sur le sujet. Le public a pu échanger avec eux sur le déroulement du procès, sur l’état d’avancement du dossier, mais surtout sur les conséquences de ce procès pour le peuple tchadien.

Le Dr Hassane a déclaré qu’il s’agissait avant tout d’un « signal fort à l’endroit des dirigeants qui gouvernent par la répression, un pas vers la lutte contre l’impunité, un soulagement pour les victimes et leurs proches ». Il s’agit indéniablement d’une victoire de la justice internationale, qui pourrait ouvrir la voix à d’autres procédures visant d’autres chefs d’Etat. Ce procès symbolise un avertissement à ceux qui gouvernent sans hésiter à violer les droits de l’Homme. Me Delphine Djiraibe a rappelé le rôle déterminant joué par les associations de défense des droits de l’Homme pour que ce procès puisse avoir lieu. Cela fait effectivement 22 ans qu’elles menaient un combat acharné pour que les victimes soient enfin entendues.

Les implications du procès sur les relations entre les communautés tchadiennes furent par la suite au cœur des échanges. Le témoignage d’un jeune gorane dans l’assemblée a démontré l’importance du travail de réconciliation qui doit être mené pour qu’enfin cesse les discriminations et les conflits. Il a en effet dénoncé ouvertement « l’acharnement subi par la communauté dont est issu l’ancien dictateur ». La position du CSAPR et des intervenants extérieurs est claire : Hissein Habré porte individuellement la responsabilité des actes qui lui sont reprochés et en aucune manière le procès doit être celui de la communauté gorane. Habré lui-même sera jugé équitablement, au seul regard des actes qu’il a commis.

Alors que le dossier avance et que le Tchad connait une accalmie sécuritaire significative depuis l’anéantissement des rébellions armées, il est temps d’amener les communautés à dialoguer et à construire le vivre ensemble. Le CSAPR plaide pour l’instauration d’un dialogue franc et dénonce l’instrumentalisation politique des origines ethniques. Sans réconciliation, le processus de consolidation de la paix ne pourra être qu’inachevé et le risque de connaitre à nouveau des conflits armés sera toujours présent.

 

Auteur de l’article : Acentek01