La crise centrafricaine : défis et enjeux

Agir en solidarité pour la paix durable en Centrafrique

À l’occasion de la journée célébrant la cohabitation pacifique au Tchad, le 25 janvier 2014, le CSAPR a organisé une conférence-débat sur la crise centrafricaine. Ne pouvant rester indifférent, le réseau continue de se mobiliser pour un retour à la paix et la stabilité.

Cette conférence fut l’occasion de faire une analyse politico-sécuritaire des évènements en Centrafrique, de partager sur les initiatives existantes en faveur de la paix et d’envisager des propositions de sorties de crise. Le CSAPR a eu l’honneur d’accueillir des panélistes de haut niveau, acteurs politiques et sociaux de différentes tendances :

– Dr Beyom Malo Adrien, Ministre conseiller à la Présidence de la République, Secrétaire général du parti au pouvoir, le MPS (Mouvement Patriotique du Salut).

– Dr Gali Gatta Ngothe, Député, Secrétaire Général du parti d’opposition UFD/PR (Union des Forces Démocratiques/Parti républicain), membre de la CPDC (Coordination des Partis pour la Défense de la Constitution).

– Mr Mahamat Djigadjimbaye, coordinateur de la CASCIDHO (Coordination des associations de la société civile et de défense des droits de l’Homme).

– Mr Pyrrhus Boguel, Président de la gouvernance associative de l’APLFT (Association pour la Promotion des Libertés Fondamentales au Tchad, association membre du CSAPR).

Les échanges ont essentiellement porté sur la cause de la crise en Centrafrique et en particulier sur l’intervention militaire tchadienne. Depuis le début du conflit, des éléments de nos troupes ont été régulièrement accusées d’entretenir les violences en RCA aux côtés de la Séléka. Le haut commissariat aux droits de l’homme a même indiqué en janvier 2014 avoir eu connaissance de « multiples témoignages de collusion » entre troupes tchadiennes et Séléka. De nombreux observateurs s’interrogent sur l’implication des autorités de notre pays dans le conflit et sur son potentiel soutien au mouvement rebelle.

Selon le Secrétaire général du MPS, l’intervention chez le voisin centrafricain était inévitable : la protection des tchadiens en RCA et le risque de propagation du conflit nécessitaient son engagement. Ne pas intervenir aurait été perçu comme une fuite de responsabilité. Avec le sommet extraordinaire de la CEEAC présidé par le Tchad qui a poussé au retrait du Président de la transition Michel Djotodia, la communauté des Etats d’Afrique Centrale a permis l’ouverture d’une nouvelle perspective pour la résolution du conflit, avec l’instauration de la nouvelle transition démocratique. Mr Adrien Beyom a appelé à être « solidaire pour les actions en faveur de la paix », car « sans le Tchad, la zone aurait pu être totalement déstabilisée ». L’intervention du coordinateur de la CASCIDHO allait dans le même sens : « Nous avons une responsabilité très importante en RCA. Le Tchad a l’obligation d’envoyer l’armée pour asseoir la paix et veiller à la protection des Tchadiens ».

Pour le député de l’opposition au contraire, le Tchad devait se retirer dès que possible du théâtre des opérations. Par les mots « J’accuse le pouvoir actuel », il a ouvertement désigné l’exécutif comme étant le responsable de la situation qui se déroule en RCA. Depuis des générations, le Tchad ferait et déferait le pouvoir centrafricain: « Nous nous sommes transformés en parrains de chefs d’Etats en RCA, qui doivent tous faire un passage obligé par N’Djamena avant Bangui » a –t-il déclaré. Dr Gali Gatta Ngothe affirme que le mouvement Séléka est bien « soutenu par Deby, qui lui aurait fournit des armes ». Selon lui, des éléments de l’Etat-major de la Séléka auraient été en visite à N’Djamena quelques jours avant les premières offensives sur Bangui. L’ingérence politique du Tchad serait justifiée par la préservation d’intérêts stratégiques, notamment pétroliers et diamantifères. Il a par la suite insisté sur les conséquences néfastes de l’interventionnisme militaire tchadien, qui peut entraver l’intégration de la sous-région en instaurant un climat de méfiance entre les Etats de la zone.

Tous les intervenants ont exprimé leur inquiétude quant à la future relation entre tchadiens et centrafricains, et notamment sur l’importance du travail de réconciliation à accomplir. Le CSAPR partage cette appréhension. Un fort sentiment anti-tchadien s’est confirmé jour après jour depuis le début du conflit. Aujourd’hui, Ils sont encore nombreux à être pourchassés en Centrafrique par les anti-Balakas. L’amalgame tchadiens = musulmans = Séléka est très prégnant. Le CSAPR appelle au respect et à la tolérance. Les acteurs de la vie publique tchadienne et centrafricaine doivent lutter contre ces stigmatisations basées sur l’ignorance. Et face à l’enlisement de la situation en RCA et à la difficulté des forces françaises et africaines à rétablir le calme, le CSAPR appelle de nouveau au déploiement de la mission onusienne le plus rapidement possible, d’autant plus que le Tchad se retire à présent du théâtre des opérations.

En effet, le jeudi 3 avril, le chef de la diplomatie tchadienne, Mr Moussa Faki Mahamat, a annoncé le retrait du contingent tchadien de la MISCA, suite aux accusations répétées dont il a fait l’objet. Avec environ 850 hommes, le Tchad aura fournit l’un des plus importants contingents de la MISCA, forte de 6000 militaires. Ce coup de théâtre survient plus précisément après la mort d’au moins 24 habitants de Bangui le 29 mars. Le haut commissariat aux droits de l’homme les a accusé « d’avoir tiré sans discrimination dans la foule », alors que les soldats seraient tombés dans une embuscade des anti-Balakas.

Les déclarations de Human Rights Watch du 5 février, après celles du Commissariat aux droits de l’Homme de janvier, avaient déjà particulièrement choqué : elles témoignaient de la participation des troupes à de nombreux faits de violences et affirmaient qu’elles avaient facilité le mouvement des chefs rebelles. Il s’agit de très graves accusations portées contre l’armée tchadienne. Il importe aujourd’hui de faire la lumière de manière objective et rationnelle sur ces évènements et plus largement sur toutes les violations des droits de l’Homme commises en Centrafrique. Le CSAPR avait déjà auparavant appelé à l’ouverture d’une enquête internationale rigoureuse.

 

Auteur de l’article : Acentek01