Justice pour les victimes du régime Habré

Des agents de la DDS du régime Habré condamnés pour torture

Le 25 mars 2015, la Cour criminelle de N’Djamena a rendu son verdict dans le procès des anciens agents du régime de Habré. 20 accusés ont été reconnus coupables. La Cour criminelle a acquitté quatre des inculpés et a reconnu civilement responsable l’Etat tchadien. La décision prévoit une réparation à hauteur de 75 milliards de francs CFA (environ 125 millions de dollars ou 114 millions d’euros) aux 7000 parties civiles. La moitié de cette somme doit être payée par la vente des biens des personnes condamnées et l’autre moitié doit être payée par l’État tchadien, déclaré civilement responsable (voir l’extrait de la décision ci-dessous).

24 ans après la fin de la dictature et 14 ans après que les survivants aient déposés leur plainte, ce verdict représente une grande victoire pour les victimes, qui sont enfin reconnues. Il s’agit aussi d’un message fort contre l’impunité au Tchad, où encore trop souvent de nombreux crimes restent impunis.

Cinq accusés ont été condamnés aux travaux forcés à perpétuité. En réalité, les travaux forcés sont généralement transformés en peine de prison ferme. la Cour a également ordonné que le gouvernement édifie un monument pour les victimes du régime Habré et que l’ancien siège de la DDS soit transformé en musée. ces deux mesures faisaient parties des revendications de longues dates des associations de victimes.

Lors du procès, qui a commencé le 14 novembre 2014 mais a été suspendu à deux reprises en raison d’une grève des avocats tchadiens non liée au procès, quelque cinquante victimes ont décrit les actes de torture et de mauvais traitements perpétrés par des agents de la DDS et autres organes de sécurité du régime Habré.

Le procès au Tchad se termine au moment où les Chambres africaines extraordinaires, une juridiction spéciale créée par l’Union africaine et par le Sénégal au sein de la Cour d’appel de Dakar organisent les audiences pour le procès de Hissène Habré. Le procès devrait commencer dans quelques mois au Sénégal. 

Dans le cadre du procès à N’Djaména, les prévenus étaient accusés de meurtre, torture, enlèvements, détention arbitraire, coups et blessures et actes de barbarie. Des centaines de Tchadiens ont assisté au procès chaque jour, et un résumé a été diffusé tous les soirs à la télévision nationale. Alors que la plainte permettant le procès a été déposée par des survivants en 2000 au Tchad, l’affaire  a avancé lentement jusqu’à l’arrestation de Habré à Dakar en 2013. Beaucoup des accusés occupaient des postes clés de l’administration tchadienne jusqu’à leur arrestation en 2013 – 2014.

« Enfin, enfin, les hommes qui nous ont brutalisés et qui ont ri de nous pendant des décennies ont eu ce qu’ils méritaient » a déclaré Clément Abaifouta, président de l’Association des victimes des crimes du régime de Hissène Habré (AVCRHH), qui en tant que prisonnier sous le régime de Habré a été forcé de creuser des charniers et d’enterrer de nombreux codétenus. « Le gouvernement doit maintenant mettre en application cette décision pour que les victimes  obtiennent enfin réparations pour leurs souffrances et que des mesures soient prises pour que nous ne tombions pas dans l’oubli ».

Le régime à parti unique d’Habré a été marqué par des atrocités commises à grande échelle, y compris des vagues d’épuration ethnique. Des documents de la DDS découverts par Human Rights Watch en 2001, ont révélé les noms de 1 208 personnes exécutées ou décédées en détention, et de 12 321 victimes de violations des droits de l’homme.

Habré a dirigé le Tchad de 1982 à 1990, date à laquelle il a été renversé par l’actuel président tchadien Deby, et s’est réfugié au Sénégal où il a vécu en exil. Il a par la suite été inculpé par les Chambres africaines extraordinaires en juillet 2013 et placé en détention provisoire.

 

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Auteur de l’article : Acentek01