Dialogue de femmes, dialogue de cultures

Une grande rencontre des leaders féminins a eu lieu à Moundou du 16 au 20 décembre 2013, dans le cadre du projet « consolidation du dialogue interculturel par la construction des espaces de médiation sociale entre musulmans et chrétiens ».

Ce forum a regroupé 60 femmes leaders venant de toutes les régions du Tchad, aussi bien du monde rural que urbain. Ces femmes sont catholiques, protestantes ou musulmanes. Dans l’optique de l’amélioration du vivre-ensemble, elles ont discuté de leur appréhension des rapports sociaux de genre en milieu musulman et en milieu chrétien. Les débats ont permis d’envisager des pistes d’actions pour faire avancer la cause des femmes dans leurs zones respectives, en tenant compte des différences socioculturelles existantes. Elles ont notamment préconisé l’adoption du code de la famille qui permettrait l’évolution de leur statut.

« Les coutumes et les religions ne constituent pas un frein au dialogue, c’est la peur de l’autre. Nous avons un passé figé en nous ; l’histoire du Tchad nous a marqué […] Nous devons avoir un code de la famille pour que la femme ait un statut. Elle est considérée comme un objet et n’a pas droit à l’héritage. Cela me fait mal. Il faut qu’il y ait des femmes fortes au niveau du pouvoir pour nous soutenir. »

« Les discussions sur le thème de l’excision m’ont touché. C’est une pratique néfaste pour la société et surtout pour la fille tchadienne. Il faut que mes sœurs le comprennent. Moi-même excisée, je refuse que ma fille soit excisée un jour. Je suis prête à me battre contre cela. »

« Je vis à Goré et je suis chrétienne. Je suis venue au forum avec une femme musulmane. J’avais peur que son mari refuse qu’elle ne parte. Mais il a finalement accepté. Par contre, une chrétienne qui était aussi invitée au forum a refusé de partir car j’étais accompagnée de la femme musulmane ! »

Porté par la Commission diocésaine Justice et Paix, ce projet de construction d’espaces de médiation entre chrétiens et musulmans fut monté en collaboration avec le CSAPR, le Conseil supérieur des affaires islamiques, l’Entente des Eglises et missions évangéliques au Tchad, le Réseau pour la promotion de la paix et de la citoyenneté au Tchad, l’Agence pour la coopération et la recherche au développement. Déjà en 2010, puis en 2012, nous nous étions engagés ensemble dans un processus interculturel d’échanges pour le renforcement de la cohabitation interreligieuse. Le projet avait permis de construire une analyse commune chrétiens-musulmans sur les enjeux du vivre-ensemble au Tchad. Les éléments suivants avaient été mis en exergue : le peu de formation des leaders religieux, l’interprétation des Écritures pour servir des objectifs politiques, le double langage entre valeurs promues et valeurs vécues (mariage mixte, partage des repas, participation citoyenne…), etc. Le CSAPR affirme la nécessité de poursuivre le travail de changement de perception sociale en élargissant les lieux d’interconnaissance entre chrétiens et musulmans.

Auteur de l’article : Acentek01