Campagne de formation et de sensibilisation à la prévention et la gestion des conflits

Le CSAPR œuvre depuis sa création à la consolidation de la paix au Tchad. Nous contribuons à la restauration de la confiance entre les tchadiens et cherchons à briser les replis identitaires. En avril, une campagne de formation et de sensibilisation sur la consolidation de la paix a été organisée dans 6 villes du pays.

Le CSAPR avait déjà mis en œuvre en 2012 et 2013 la première phase du projet de « renforcement des capacités en dialogue et négociation des acteurs engagés dans les processus de gestion des conflits », financé par le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), en collaboration avec l’Union Européenne.

Cette première phase avait consisté à renforcer les compétences de médiateurs qui agissent dans tout le pays pour répondre aux problématiques locales de consolidation de la paix. Quarante personnalités issues de la société civile furent formées à N’Djamena, Moundou et Abéché.

Dans la même lignée de cette première activité, le CSAPR a organisé fin avril 2014 une campagne de formation et de sensibilisation sur la consolidation de la paix à Sarh, Koumra, Moundou, Bongor, Abéché et Mongo. Il s’agissait ici de former des membres de la société civile, mais aussi des acteurs politiques, des chefs traditionnels et religieux sur la prévention et la gestion des conflits ; ainsi que de réaliser des réunions de sensibilisation ouvertes au public sur les enjeux de la consolidation de la paix au Tchad.

Car s’il est vrai que le Tchad vit une période de stabilité depuis les accords de paix avec les groupes rebelles et le Soudan, les menaces existent toujours. En premier lieu, le Tchad est aujourd’hui entouré d’Etats fragilisés ou en conflit : la Libye et le Soudan du Sud, qui suite à des crises politiques sont tombés dans l’instabilité ; la RCA, en pleine guerre civile ; le Niger et le Nigeria, gravement menacés par le groupe terroriste Boko Haram. Au plan interne, l’insécurité est largement présente ; la criminalité ne cesse de s’aggraver, favorisée par la forte circulation des armes dans la sous-région. La difficile cohabitation entre les communautés est très préoccupante et donne souvent lieu à des conflits causant la mort d’hommes. Le futur processus électoral constitue aussi une inquiétude pour la stabilité du pays qui n’est pas à l’abri d’une nouvelle crise politique pouvant déboucher sur de nouveaux affrontements.

25 personnes furent conviées dans chaque ville à la formation sur la gestion des conflits. Toutes sont déjà des acteurs de paix qui œuvrent au quotidien pour la réconciliation des tchadiens (société civile, politiques, religieux, chefs de quartiers, chefs de race…). L’atelier fut donc une excellente opportunité d’échanger sur les expériences de chacun et sur les forces et les faiblesses des techniques utilisées. Le CSAPR a pu présenter de nouveaux outils pratiques permettant de faciliter la résolution des différends. Il a mis en évidence l’importance de bien analyser le conflit avant d’agir : identifier le type de conflit, son origine et son évolution, les acteurs en présence, leur identité, leur bagage culturel, les relations de pouvoir, etc… Par la suite, le CSAPR s’est concentré sur les caractéristiques du médiateur, quel comportement il doit adopter avec les parties ; pour enfin s’attarder sur les règles et les techniques pouvant garantir le bon déroulement de la médiation et faciliter l’émergence d’une solution. Souvent découragés par la résurgence des conflits, les participants furent très à l’écoute et ont exprimé leur satisfaction quant à l’apprentissage de nouvelles techniques. Ils ont également préconisé la multiplication des réunions de sensibilisation pour la paix en faveur de la population.

Les réunions de sensibilisation, ouvertes au public, ont rassemblé de simples citoyens auprès des acteurs politiques et sociaux. Les conflits communautaires, et la cohésion nationale de manière générale, furent l’objet de la majeure partie des débats. Le public rencontré considère qu’il n’est pas impossible qu’une situation comparable à celle de la RCA se reproduise au Tchad si la population n’est pas vigilante. Tous ont témoigné d’une fracture entre les communautés : « Les tchadiens ne s’aiment pas ». Certains ont même parlé d’un « phénomène de haine » entre les groupes, qui refusent parfois toute communication entre eux. Finalement, l’ignorance, la mauvaise éducation et l’instrumentalisation politique ont été pointés du doigt comme étant des facteurs d’aggravation de cette division, puisqu’ils favorisent la circulation de clichés haineux. La nécessité de multiplier les sensibilisations dans tout le pays, et notamment en milieu rural, est une évidence. Le CSAPR encourage les acteurs locaux à mener ce genre d’activités qui permettent à la population de se rencontrer, d’échanger, d’extérioriser leur conflit, mais aussi d’alerter sur les menaces à la paix et de mener les Tchadiens sur la voie d’un meilleur vivre-ensemble.

Auteur de l’article : Acentek01